Panel sur les défis et opportunités de la mise en œuvre effective de la Politique Nationale de Sécurité Nutritionnelle (PNSN) lors des Journées Scientifiques de Pédiatrie sur la nutrition au Niger

Les Journées Scientifiques de Pédiatrie sur le thème de la nutrition ont été co-organisées par l’Association Nigérienne de Pédiatrie (ASNIPED), la Société Nigérienne de Nutrition (SoNiNut) et l’Université Privée Africaine pour le Développement (UPAD) à Niamey du 13 au 14 Novembre 2019. Le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N (Les Nigériens Nourrissent les Nigériens) a été sollicité pour organiser, avec l’appui du Programme « Food and Nutrition Security Impact, Resilience, Sustainability and Transformation » (FIRST) de la FAO et de l’Union Européenne, un Panel de haut niveau modéré par le Pr Boubacar Camara du Sénégal et Dr Mohamed Ag Bendech de l’Assistance Technique (AT) de la Plateforme Nationale d’Information pour la Nutrition (PNIN).

Après une brève introduction faite par les modérateurs sur l’importance de la vision stratégique comme étape préalable à tout progrès programmatique, les cinq panelistes ont effectué des présentations qui ont été suivis d’une discussion d’ensemble et une conclusion faite par les modérateurs.

Dr Nassirou Ousmane de la Direction de la Nutrition au Ministère de la Santé Publique a centré sa présentation sur le rappel des définitions des concepts de l’alimentation, la sécurité alimentaire, la sécurité nutritionnelle et la nutrition suivis de celles des différentes formes de la malnutrition. Les tendances de la malnutrition aiguë et chronique chez les enfants de moins de cinq ans incluant les données de la récente enquête SMART de 2019 ont été présentées. Il a noté des tendances irrégulières qui restent alarmantes en dépit des efforts déployés par le Gouvernement et ses partenaires depuis 2005, particulièrement dans la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère.

Dr Aboubacar Mahamadou de la Cellule Nutrition du HC3N, a centré sa présentation sur les défis et les opportunités de la Politique Nationale de Sécurité Nutritionnelle (PNSN 2017-2025) dans un contexte de fort engagement politique et de leadership en faveur de la nutrition. Il a noté les innovations faites dans la formulation de ce document en particulier son caractère multisectoriel, participatif et inclusif. Pour la première fois, le Niger est doté d’un document politique aligné sur les orientations internationales, régionales et nationales. La PNSN est basée sur huit (8) piliers appelés « Engagements » et qui traduisent chacun l’engagement du Niger à améliorer la nutrition dans chaque secteur contributif. Chaque pilier est en effet en lien avec une thématique particulière en fonction des spécificités des interventions et du secteur responsable et redevable. Les thématiques transversales sont surtout représentées dans l’engagement 1 (gouvernance, analyse des politiques et coordination multisectorielle) et l’engagement 8 (communication et plaidoyer pour la nutrition). La PNSN est reliée à la stratégie I3N et au Programme Développement Economique et Social (PDES 2017-2021).

Dr Bouréima Hamadou de la section Nutrition à l’UNICEF Niger a focalisé sa présentation sur la mise en œuvre de la PNSN dans le secteur de la santé. Il a rappelé que six facteurs de risque sur 11 de la morbidité et la maladie en termes d’invalidités ajustés aux années de vie sont liés aux régimes alimentaires[1]. Il s’agit des risques liés aux modèles alimentaires, l’hypertension artérielle, la malnutrition de la mère et de l’enfant, le surpoids, le diabète et l’hyper-cholestérolémie. Ceci renforce les liens entre nutrition et santé. En dépit des efforts entrepris dans le secteur de santé, la couverture des interventions demeure faible puisque la couverture sanitaire elle-même est d’environ 50 % laissant une moitié des enfants nigériens sans aucune prise en charge de la malnutrition aiguë sévère. Les efforts dans la prévention hormis les campagnes de masse sont parcellaires, ponctuels et insuffisants. Les financements de la nutrition dans la santé proviennent surtout des sources humanitaires et ne sont pas pérennes. La Nutrition représente à peine 3 % du Budget du Plan de Développement Sanitaire (PDS). La PNSN, dans son premier d’action multisectoriel consacre 61 % du Budget total au secteur santé, dont 37% pour le traitement de la malnutrition aigüe et 18% pour la prévention, mais la mobilisation des ressources n’est pas encore effective.

Mr Guillaume Poirel de L’AT PNIN a mis l’accent sur l’importance de la Plate-forme Nationale d’Information pour la Nutrition (PNIN) en tant qu’outil de mise en œuvre de la PNSN et de la promotion de la collaboration multisectorielle. Plusieurs approches de la promotion de la collaboration multisectorielle et pluridisciplinaire ont été illustrées : 1/ le Plan Cadre d’Analyse 2019-2020 (PCA) ; 2/ la valorisation des données des secteurs clés pour la prise de décision ; 3/ Le portail Web de la PNIN. Dans le cadre de la mise en œuvre du PCA en 2019, la PNIN a produit des analyses pour répondre à la question portant sur l’évolution de la malnutrition chronique et ses déterminants chez les enfants de moins de cinq ans. Les résultats obtenus ont été revus et interprétés en atelier par un comité pluridisciplinaire d’experts nationaux et internationaux (gestionnaire des programmes de nutrition, Spécialistes en santé publique, Enseignants chercheurs, Socio-anthropologues et des Statisticiens- démographes). Ces résultats (préliminaires) ont été présentés lors d’un séminaire parlementaire en Septembre 2019. Le second exemple illustratif porte sur la valorisation des données de nutrition des secteurs clefs de la PNSN. La PNIN a appuyé ces secteurs à affiner leurs indicateurs au moyen de l’application de six critères de qualité des données (pertinence et complétude, l’accessibilité et clarté, exactitude et fiabilité, actualité et ponctualité, cohérence et comparabilité internationale). Ainsi, sur une liste de  de 525 indicateurs sélectionnés, 300 indicateurs ont finalement été retenus en excluant le critère de ponctualité et d’actualité.  Le troisième exemple illustratif porte sur le portail de la PNIN (https://pnin-niger.org/Web/) et ses onglets « Accueil », « A propos », « nutrition info », « ressources documentaires », « bases des données », « espace de travail », « Suivi du projet et forum ». A chaque outil correspond un type d’information répondant à un besoin particulier. Les participants ont été invités à visiter le portail PNIN pour y trouver une gamme variée d’informations et apporter leurs contributions.

Pr Haoua Sabo Seini, de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Abdou Moumouni (UAM) a introduit le thème portant sur l’importance de la formation, recherche et innovation pour maximiser l’impact des programmes de nutrition. Il y a eu des progrès majeurs à la fois dans la formation initiale des professionnels de la nutrition et dans certaines disciplines des Institutions d’Enseignement Supérieur (IES). En revanche, en plus de l’absence d’harmonisation des curricula de formation, la formation initiale en médecine et dans certains domaines de spécialisation  comme par exemple la pédiatrie la nutrition n’est pas enseignée en tant que discipline à part entière de leurs programmes. Plusieurs problèmes et difficultés liés à la formation ont été évoqués comme par exemple l’accueil des étudiants et stagiaires pour optimiser l’acquisition des capacités pratiques. De même, la recherche au Niger ne répond pas aux besoins de développement du pays. Le secteur souffre d’insuffisance de capacités, d’organisation et d’intérêt pour l’utilisation des résultats. Plusieurs défis ont été présentés incluant la capacité d’absorption de certains financements alloués pour la recherche dans des institutions stratégiques. L’élaboration en cours d’une politique nationale de recherche en matière de Sciences est une perspective positive pour identifier des priorités de recherches nationales et répondre aux préoccupations des différents secteurs.

Les discussions avec le public ont porté sur plusieurs points soulevés par les participants :

  • Le système de transmission et de traitement des données nutritionnelles ainsi que leur intégration aux systèmes d’information sectoriels ;
  • L’existence des politiques nationale de nutrition avant la PNSN et la différence fondamentale de celles-ci avec la PNSN
  • La PNSN : sa naissance et son cadre d’élaboration et d’existence légale, son opérationnalisation y compris aux niveaux déconcentrés (régions, Départements, communes), et ses réussites ;
  • La part de la nutrition dans le budget de l’état et l’explication de la part du budget de l’engagement relié à la santé (18% de prévision pour la prévention contre 61% pour le traitement dans un contexte de stagnation de la prévalence de différentes formes de sous-nutrition) ;
  • Les difficultés à retracer les financements dédié ou contribuant à la nutrition et l’analyse budgétaire y relatif
  • La situation de l’enseignement de la nutrition dans la formation initiale en médecine et certains programmes de spécialisation comme la pédiatrie ;
  • L’assurance qualité dans l’enseignement supérieur et le partenariat public-privé entre les institutions de recherche ;
  • L’amélioration de l’utilisation des ressources humaines entrant dans la vie professionnelle pour mieux développer le niveau communautaire.

Les modérateurs ont conclu en remerciant le HC3N pour son leadership et sa vision multisectorielle de la nutrition, les panelistes et tous ceux qui ont contribué à la préparation technique du Panel en particulier les différents Assistants Techniques de HC3N. La situation du Niger n’est finalement pas différente de celles de plusieurs pays de la sous-région comme par exemple le Sénégal. Le statu Quo dans l’action doit être questionné et dépassé davantage de progrès. Pour cela, il faut un changement de paradigme en utilisant de nouvelles portes d’entrées en faveur du développement de la nutrition soutenues par des investissements importants prévisibles. L’engagement politique fort et la mise en place d’un environnement favorable au développement de la nutrition au Niger sont des atouts qui permettent d’amorcer les changements requis. C’est sur cette note d’optimisme que le panel a été clôturé.

[1] Global Burden of Disease study 2013 collaborators (2015), Figure 5 cité dans www.glopan.org

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