Analyse : Évaluation de l’intégration de la nutrition dans les documents stratégiques (programmes et projets) du Ministère de la Santé Publique (MSP)

Dans le cadre de la mise en œuvre des Plans Cadre d’Analyse (PCA), la PNIN a répondu en partie à la question N°3 : « Comment prioriser les interventions en fonction de leur contribution à l’amélioration de l’état nutritionnel au Niger ? ». Le présent rapport porte sur l’évaluation de l’intégration de la nutrition dans les documents stratégiques(programmes et projets) du Ministere de la Sante Publique (MSP).

S’inspirant de la grille élaborée pour les systèmes alimentaires, la grille d’évaluation pour le secteur de la santé est basée sur les interventions à impact avéré et avec un bon rapport coût-efficacité telles que décrites et recommandées dans les séries de publications, de « The Lancet » sur la nutrition de la mère et de l’enfant. Ce sont justement ces interventions qui sont retenues dans l’engagement 2 & l’engagement 7 , ainsi que l’engagement 8 (transversal) de la Politique Nationale de Securite Nutritionnelle (PNSN).

Les documents stratégiques à étudier sont sélectionnés  selon les critères suivants:

  • La portée politique et stratégique ;
  • La couverture  nationale ;
  • Le caractère holistique de l’ensemble des dimensions programmatiques et des invariants institutionnels du secteur.

Sur cette base, les documents stratégiques du MSP selectionnés et soumis à l’évaluation sont :

  1. La Politique Nationale de Santé 2015 (PNS) ;
  2. Le Plan de Développement Sanitaire (PDS 2017-2021) ;
  3. Le Document de Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD 2020-2022) ;
  4. Le Plan Annuel de Performance (PAP) 2020.

Selon le classement de ces documents en fonction de leur niveau d’intégration des dimensions de nutrition, le Plan de Développement Sanitaire (PDS) obtient le meilleur score avec une prise en compte de la nutrition adéquate tandis ceux de la Politique Nationale de Santé (PNS) et du Document de Programmation Pluriannuelle de Dépenses (DPPD) intègrent modérément la nutrition à la fois le traitement et la prévention.

Aucun des documents étudiés ne traite de façon explicite de la fortification des aliments. De même, l’intégration de la nutrition est modérément prise en compte dans les objectifs / cibles et le mécanisme de mise en œuvre et de coordination.

La nutrition est cependant de plus en plus reconnue comme préoccupation dans certains milieux décisionnels au Niger. Ceci est probablement lié aux avancées et à la longue expérience dans l’action humanitaire et la réponse aux crises nutritionnelles. De même, la recherche et la vulgarisation des connaissances en nutrition à travers plusieurs réseaux comme par exemple le mouvement Scaling Up Nutrition et le Forum Nutrition de la CEDEAO ont aussi contribué à la prise de conscience sur l’intérêt de la nutrition. Par ailleurs, l’établissement des liens possibles entre la nutrition et les autres secteurs tels l’agriculture, l’éducation, la protection sociale, l’économie et l’environnement ont contribué à la mobilisation internationale sur le développement de la nutrition. Ces évolutions rapides sont caractérisées par des transitions complexes observées au Niger notamment le besoin de faire face à des problèmes humanitaires récurrents tout en assurant le développement et la prévention de toutes les formes de malnutrition qui chevauchent parfois dans les mêmes communautés ou familles.

Les efforts d’inscription de la nutrition dans la PNS, le PDS et le DPPD en mettant en valeur les solutions techniques qui existent sont à encourager. Il s’agit d’une base solide pour permettre de les traduire concrètement en financement public adéquat de façon progressive dans les PAP. Pour cela, Des recommandations spécifiques ont été suggérées :

  • Traduire les orientations stratégiques du PDS et du DPPD en matière de nutrition en investissements publics plus importants et plus visibles plus particulièrement dans la prévention de toutes les formes de malnutrition et la prise en charge à large échelle de la malnutrition aiguë dans les futurs Projets Annuels de Performance (PAP) du Ministère de la Santé Publique ;
  • Inclure des indicateurs de couverture des interventions de nutrition spécifiques traceuses dans les indicateurs de performance du PDS et du DPPD ;
  • Inclure dans le PAP des approches communautaires de traitement et de prévention de la malnutrition afin de s’attaquer à toutes les formes de la malnutrition, y compris les formes émergentes que sont le surpoids et l’obésité́ ;
  • Inclure dans la composante mise en œuvre du PDS et du DPPD des stratégies multisectorielles au sein de structures gouvernementales nationales, régionales et locales avec différents partenaires pour la nutrition ;
  • Mettre davantage l’accent sur les capacités humaines et institutionnelles au niveau opérationnel pour la mise en œuvre à une plus grande échelle des interventions de nutrition spécifiques telles que décrites dans le PDS et le DPPD ;
  • Inscrire dans les documents stratégiques et prendre part aux efforts réguliers d’analyse budgétaire du financement de la nutrition pour éclairer le plaidoyer en faveur d’une mobilisation accrue des ressources internes et externes ainsi que l’optimisation de leur utilisation.

Les partenaires doivent également inscrire leurs efforts dans l’alignement autour de l’agenda de la PNSN et agir au mieux de manière coordonnée et complémentaire, au bénéfice de l’efficacité de la planification stratégique et des interventions pour plus de progrès.

Liens vers le rapports d’analyse :

  • PNIN, « Grille d’évaluation de l’intégration de la nutrition dans les Documents stratégique des Secteurs de la Politique Nationale de Sécurité Nutritionnelle : Cas du Ministère de la Santé Publique », 32 p., Mars 2020.

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