Concertation des acteurs non-étatiques sur les systèmes alimentaires au Niger : « Renforcer le lien entre les unités de production de farines infantiles et les organisations paysannes productrices de matières premières »

Dans le cadre de la préparation du Sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires[1], les acteurs non étatiques des systèmes alimentaires du Niger organisent des « concertations indépendantes » pour faire mieux entendre la voix des organisations du secteur privé, de la société civile, des associations de défense des droits de consommateurs, des ONGs ou toute autre organisation indépendante.

Une Concertation indépendante a eu lieu le jeudi 10 juin 2021 à Niamey au Niger, sous forme de webinaire sur le thème : « Renforcer le lien entre les unités de production de farines infantiles et les organisations paysannes productrices de matières premières ». Cette Concertation a été organisée par l’ONG GRET en collaboration avec des chercheurs de l’Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM), des représentants des acteurs locaux du système alimentaire (plateforme des organisations paysannes nigériennes, Association Misola Niger), le Programme FIRST[2] (FAO-UE), le PAM-Niger, la FAO-Niger et le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N « Les Nigériens Nourrissent les Nigériens » (HC3N), pour échanger sur les problématiques des systèmes alimentaires au Niger avec les participants de plusieurs parties prenantes contribuant à la nutrition.

La Concertation vise à renforcer la promotion de l’agriculture sensible à la nutrition et la valorisation des produits alimentaires locaux utilisés dans l’alimentation et la nutrition du nourrisson et du jeune enfant, en particulier sous forme de farines infantiles enrichies en micronutriments.

Dr. Gervais Ntandou-Bouzitou, Chargé des Politiques au Programme FIRST, a rappelé que les systèmes alimentaires incluent l’ensemble des actions et des acteurs engagés dans les chaines d’approvisionnement des aliments, de la production à la consommation (incluant l’ensemble des aspects post récolte : stockage, transformation, transport, distribution…) et leurs interactions avec les divers environnements (socioéconomiques, démographiques, climatiques, sécuritaires, sanitaires, etc.). La durabilité des systèmes alimentaires et leur résilience sont essentielles à la stabilité des approvisionnements, à la génération des moyens d’existence pour les plus vulnérables, de revenus décents aux petits producteurs et l’amélioration du bien-être nutritionnel.

M. Moussa Haïnikoye, Représentant-Pays de l’ONG Gret, a présenté la filière des farines infantiles fortifiées produites localement, leurs intérêts, opportunités et difficultés. Il a également souligné les enjeux du renforcement des liens entre les organisations paysannes et les unités de production des farines infantiles fortifiées.

Les résultats d’études des filières agricoles au Niger, exposés par l’équipe des chercheurs de l’UAM conduite par Professeur Haoua Sabo Séini, ont permis d’identifier les matières premières produites localement en fonction des régions et des types de sols qu’on y trouve. Cette étude a permis de formuler des recommandations pour le développement et la sécurisation des filières de mil, niébé, arachide et soja, notamment la facilitation de l’accès aux semences améliorées, l’appui aux capacités techniques des producteurs et la mise en place d’un crédit d’équipement agricole. La pérennisation de ces filières est en lien direct avec celle des unités de production des farines infantiles fortifiées, destinées à la prévention de la malnutrition des enfants âgés de 6 à 24 mois.

Les intervenants du panel de discussion ont partagé leurs expériences diverses avec les participants. M. Djibo Bagna, président du Conseil d’Administration de la Plateforme des organisations paysannes du Niger, a souligné l’importance pour les paysans de s’adapter au paradigme des systèmes alimentaires durables et la nécessité pour les membres de la Plateforme qu’il dirige, de renforcer leurs capacités organisationnelles, techniques et opérationnelles. Il a plaidé pour une plus large vulgarisation des résultats de recherches et de l’innovation au profit des paysans en vue d’améliorer la productivité et la compétitivité des produits locaux. Il a également souligné la nécessité d’interpeller les consommateurs à accepter de payer le prix des efforts et de la qualité des produits locaux attendue des producteurs.

M. Germain Akoubia, Chef de l’Unité de Développement Rural du Programme Alimentaire Mondial au Niger (PAM), a partagé l’expérience du PAM dans le soutien aux petits exploitants agricoles pour l’accès au marché, incluant l’appui à la production et la transformation des aliments, les achats institutionnels au profit des petits producteurs et l’approvisionnement des cantines scolaires par les producteurs locaux.

M. Ranaou Maazou, Coordonnateur du Projet d’Appui à l’Agriculture Sensible aux Risques Climatiques (PASEC) à la FAO-Niger, a partagé l’expérience de l’Organisation des Nations pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) dans la vulgarisation agricole, l’appui-conseil et l’encadrement technique des ménages et des organisations paysannes à travers l’approche « Champs-Ecole-Paysans (CEP) ». Cette approche se focalise sur le renforcement des capacités des communautés en vue d’augmenter leur production agricole et de diversifier leurs moyens d’existence.

M. Aminou Amadou, Coordonnateur National de Misola Niger, a fait ressortir les difficultés rencontrées par les unités de production locales des farines infantiles, en termes d’approvisionnement régulier, de la qualité des matières premières et de l’instabilité des prix d’acquisition alors que le produit fini (farine) demeure à un prix fixe. Il a aussi rappelé qu’il est impossible actuellement d’assurer la traçabilité et l’origine exacte des matières premières utilisées.

Les enjeux mis en lumière dans ces différentes présentations sont l’optimisation de la qualité et la mise en place d’un système de la traçabilité pour pérenniser un marché local engageant à la fois les producteurs de matières premières et les transformateurs. L’objectif général étant de rendre disponible et accessible à tous une alimentation locale saine. Les réflexions et partages d’expériences autour de ces questions ont générés des pistes d’actions et de documentation futures. Les goulots d’étranglements ont été relevées par les différentes parties prenantes. En effet, il a été mis en avant :

  • Les difficultés actuelles de la production agricole à la fois sur le plan quantitatif et qualitatif ;
  • Le manque d’organisation en milieu rural du à la faible alphabétisation, engendre parfois un manque à gagner dans certaines organisations paysannes ;
  • La nécessité d’utiliser des semences de bonne qualité et certifiées ;
  • Le besoin d’assurer un meilleur accès aux intrants et équipements de qualité ;
  • L’accès à la formation destinée aux producteurs et sa prise en charge dans les universités ;
  • Les difficultés relevées dans les unités de production sont l’accès irrégulier aux matières premières, la fluctuation de leur prix d’achat et l’accès aux équipements de transformation.

Tous les acteurs de ce webinaire ont reconnu que le renforcement des liens entre les organisations paysannes et les unités de production est une opportunité à saisir des deux côtés et que le dialogue doit continuer.

La continuité du dialogue et les étapes subséquentes du webinaire vers d’autres opportunités de Concertations des parties prenantes en vue de préparer le Sommet sur les systèmes alimentaires et au-delà, ont constitué des points de synthèse retenus par Dr. Aboubacar Mahamadou, Coordonnateur de la Cellule Nutrition du HC3N. Ce dernier a eu l’honneur d’informer les participants que sur proposition du Comité Technique de la Politique Nationale de Sécurité Nutritionnelle (CT-PNSN) et sur instruction de SEM le Président de la République, SEM le Premier Ministre, par Arrêté N°090/PM du 09 juin 2021, a nommé M. Ali Bety, Haut-Commissaire à l’Initiative 3N, Coordonnateur des Concertations nationales sur les Systèmes Alimentaires au Niger. Cette nomination témoigne s’il en est besoin, de l’importance que le Gouvernement du Niger accorde à la transformation des systèmes alimentaires pour plus de bien-être pour tous les nigériens. Il est donc important de poursuivre et accélérer la dynamique positive des Concertations nationales sur les systèmes alimentaires pour consolider les acquis et accélérer la transformation vers des systèmes alimentaires durables, qui contribuent résolument à la réalisation des cibles des ODD d’ici à 2030.

Rapport de l’atelier des concertations des acteurs WHH_18_06_2021_VF

Arrêté N°090/PM du 09 juin 2021_Nomination du Coordonnateur des Concertations nationales sur les Systèmes Alimentaires au Niger

[1] https://www.un.org/fr/food-systems-summit ; Accueil – Food Systems Summit Dialogues Gateway

[2] Food and Nutrition Security Impact, Resilience, Sustainability and Transformation (FIRST). http://www.fao.org/3/ca7234fr/ca7234fr.pdf

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